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Photographie : August de Richelieu / Pexels
Écrans, jeux, réseaux : accompagner son enfant
Comprendre ses usages, poser des limites adaptées et l’aider progressivement à se protéger et à gagner en autonomie.
Les écrans font partie de la vie des enfants et des adolescents : regarder des vidéos, jouer, discuter avec leurs amis, apprendre, créer ou utiliser les réseaux sociaux. Tous ces usages ne se ressemblent pas et le temps passé devant un écran ne suffit pas, à lui seul, à déterminer s’il existe un problème.
Il est aussi important de regarder ce que le jeune fait sur l’écran, la place que cet usage prend dans sa vie et ce qu’il vient progressivement remplacer.
Des repères qui évoluent avec l’âge
Chez les plus jeunes, l’usage des écrans doit être particulièrement encadré. Avant 3 ans, les recommandations françaises actuelles préconisent de ne pas exposer l’enfant aux écrans, même en bruit de fond. Entre 3 et 6 ans, leur utilisation doit rester limitée, accompagnée par un adulte et privilégier des contenus adaptés.
En grandissant, la question ne doit pas se limiter à « combien d’heures ? ». Il faut aussi regarder ce que les écrans prennent progressivement comme place au détriment :
- du sommeil ;
- de l’activité physique ;
- des apprentissages ;
- des relations avec la famille et les autres jeunes ;
- des sorties et autres activités ;
- des moments où l’enfant apprend simplement à s’occuper sans écran.
Le type d’usage compte également. Jouer avec des amis, créer, apprendre ou regarder ensemble un contenu n’est pas équivalent à enchaîner automatiquement des vidéos pendant plusieurs heures.
Comment repérer qu’un usage prend trop de place ?
Certains changements peuvent attirer l’attention :
- Le sommeil se décale ou diminue ;
- L’enfant a de plus en plus de difficultés à interrompre son jeu, ses vidéos ou ses réseaux ;
- Les conflits autour des écrans deviennent fréquents ou très intenses ;
- Des activités qu’il appréciait auparavant sont progressivement abandonnées ;
- Les devoirs, les apprentissages ou les activités quotidiennes sont régulièrement repoussés ou interrompus ;
- Il s’isole davantage ou privilégie presque systématiquement les activités numériques ;
- Il consulte son téléphone ou certaines applications de manière presque automatique ;
- Plusieurs tentatives pour réduire son utilisation échouent ;
- L’absence d’écran provoque une irritabilité, une agitation ou une frustration importante ;
- L’écran devient presque indispensable pour supporter l’ennui, se calmer, éviter de penser ou gérer certaines émotions.
Ce n’est donc pas seulement le nombre d’heures qui compte, mais la perte de contrôle, la fonction de l’usage et ses conséquences.
Poser des règles… avant que le conflit n’arrive
Les limites sont plus faciles à comprendre et à respecter lorsqu’elles sont claires, prévisibles, adaptées à l’âge et discutées à l’avance. Elles peuvent concerner les horaires et les lieux d’utilisation, mais aussi les contenus, les réseaux utilisés, les personnes avec lesquelles le jeune peut échanger et ce qu’il peut partager en ligne.
Les smartphones, tablettes, ordinateurs et consoles disposent également d’outils permettant de limiter certains usages : plages horaires, durée d’utilisation, accès à certaines applications ou contenus, téléchargements et interactions en ligne.
Le portail public « Je protège mon enfant – Usage des écrans » permet aux parents de retrouver les outils disponibles selon l’appareil, la console ou le réseau utilisé.
Continuer à lui proposer une vie en dehors des écrans
Même lorsqu’un adolescent accueille une proposition par un soupir ou une moue, continuez à lui proposer de cuisiner ensemble, sortir, jouer, pratiquer un sport ou une activité créative, regarder quelque chose ensemble ou simplement discuter de ce qui l’intéresse.
L’objectif n’est pas de remplir chaque minute sans écran, mais de préserver des occasions régulières de partager, d’expérimenter et d’entretenir la relation.
S’intéresser à ce qu’il fait en ligne est important : lui demander à quoi il joue, pourquoi il aime tel créateur ou telle vidéo, regarder parfois un contenu avec lui ou jouer ensemble permet que les échanges autour du numérique ne commencent pas uniquement lorsqu’il faut limiter ou interdire quelque chose.
Et quelle place les écrans prennent-ils dans la famille ?
Les écrans peuvent aussi faciliter le quotidien : un enfant occupé demande momentanément moins de disponibilité. Sans se culpabiliser en tant que parents, il peut être utile de se demander de temps en temps : « Est-ce que l’écran répond surtout à son besoin aujourd’hui… ou aussi au mien d’avoir un peu de tranquillité ? »
Les règles sont également plus compréhensibles lorsqu’elles concernent, au moins en partie, les adultes : téléphone posé pendant les repas, conversations sans consulter constamment ses notifications, moments familiaux sans écran…
Les habitudes numériques se construisent aussi en famille.
Garder un droit de regard adapté à l’âge
- Superviser ponctuellement l’activité numérique d’un enfant ou d’un jeune adolescent ne signifie pas lire secrètement toutes ses conversations.
- Il peut être convenu à l’avance que les parents regarderont parfois avec lui ses réseaux, ses paramètres de confidentialité, les personnes avec lesquelles il échange et les types de contenus auxquels il est exposé.
- Cette supervision doit progressivement laisser davantage de place à l’intimité et à l’autonomie à mesure que le jeune grandit et apprend à se protéger.
Superviser n’est pas surveiller en secret. L’objectif est progressivement d’avoir de moins en moins besoin de regarder, parce que le jeune apprend lui-même à reconnaître les situations à risque, à poser ses limites et à demander de l’aide.
Lui apprendre à reconnaître les risques
Dire simplement « fais attention sur Internet » ne suffit pas toujours. Il est utile de discuter avec lui de situations concrètes :
- Connais-tu réellement cette personne ? Pourquoi souhaite-t-elle entrer en contact avec toi ? Que ferais-tu si elle te demandait une photo ? Si elle voulait poursuivre la conversation en privé ? Si elle te proposait une rencontre ?
- Un profil séduisant, rassurant ou très valorisant ne permet pas de savoir qui se trouve réellement derrière l’écran. Accepter des inconnus uniquement pour augmenter son nombre d’abonnés ou de contacts peut multiplier les situations à risque.
- Il est également important de parler de ce qu’il regarde. Certains contenus peuvent banaliser ou valoriser des conduites dangereuses, des défis à risque, la violence, l’automutilation ou des comportements alimentaires préoccupants.
L’objectif n’est pas seulement d’interdire. Demander au jeune ce qu’il en pense, discuter de ce qui lui paraît normal ou acceptable et l’aider à prendre du recul lui permet progressivement de développer son propre jugement.
Quand en parler ?
Il est utile de demander conseil lorsque, malgré les limites mises en place, le jeune ne parvient plus à contrôler certains usages, que les écrans prennent progressivement la priorité sur son sommeil, ses apprentissages, ses relations ou les autres activités, ou qu’ils deviennent presque indispensables pour gérer l’ennui, le stress ou ses émotions.
Une modification importante de l’humeur, un isolement croissant, une inversion du rythme veille-sommeil, une chute des résultats scolaires, des conflits familiaux majeurs ou plusieurs tentatives infructueuses pour réduire l’utilisation constituent également des signaux à prendre en compte.
L’objectif n’est pas de faire grandir un enfant « sans écran ». Il est de l’accompagner progressivement pour qu’il apprenne à utiliser les outils numériques sans qu’ils prennent une place qu’il ne maîtrise plus, à reconnaître les situations à risque et, avec l’âge, à devenir lui-même capable de poser ses limites.
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Rédigée par Stéphanie Bénard, psychologue clinicienne
Publiée le 22 septembre 2026
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