Pourquoi il se dégrade avant même qu'on s'en rende compte, et ce qui aide vraiment avant d'envisager un médicament.
Le sommeil peut commencer à se dérégler sans que l'on s'en rende compte. Une période de
stress, des horaires irréguliers ou un manque de sommeil répété peuvent progressivement
modifier son fonctionnement. L'organisme est capable de compenser temporairement la
fatigue, notamment en augmentant son niveau d'éveil et d'activation : on continue à
fonctionner et l'on peut sous-estimer la dette de sommeil qui s'accumule.
En parallèle, des horaires décalés ou irréguliers et une
exposition importante à la lumière en soirée peuvent perturber progressivement l'horloge
biologique. Enfin, des réveils nocturnes très brefs peuvent fragmenter le sommeil sans que
l'on en garde nécessairement le souvenir. On peut donc avoir l'impression de dormir « à peu
près normalement » alors que le sommeil est déjà devenu moins régulier, moins continu ou
moins récupérateur. C'est souvent lorsque la fatigue, l'irritabilité ou les difficultés de
concentration commencent à peser dans la journée que l'on prend conscience que la qualité
de son sommeil s'est progressivement dégradée.
Plus on essaie de dormir, plus dormir peut devenir
difficile. Après plusieurs mauvaises nuits, il est naturel de commencer à
surveiller son sommeil : « Il faut absolument que je dorme », « Si je ne dors pas
maintenant, demain sera impossible ». Mais le sommeil ne se commande pas. Cette inquiétude
augmente l'état d'éveil au moment même où l'organisme aurait besoin de relâcher sa
vigilance. Peu à peu, le lit, normalement associé au repos, peut devenir un lieu où l'on
attend le sommeil, où l'on rumine et où l'on s'inquiète de ne pas dormir.
Certains réflexes qui semblent aider peuvent entretenir
le problème. Se coucher beaucoup plus tôt, rester longtemps au lit pour
« récupérer », faire de longues siestes ou décaler fortement son heure de lever après une
mauvaise nuit augmente le temps passé au lit, sans forcément augmenter le temps de sommeil.
À terme, le rythme veille-sommeil devient moins régulier et le sommeil peut devenir plus
fragmenté.
Ce qui aide : commencer par redonner des repères au
sommeil. Une heure de lever relativement régulière, une activité physique dans la
journée et une exposition suffisante à la lumière naturelle, notamment le matin,
contribuent à synchroniser l'horloge biologique. Limiter les excitants en fin de journée,
les siestes longues ou tardives et préserver une chambre calme, sombre et suffisamment
fraîche favorisent également le sommeil. Quant aux écrans, leur effet ne tient pas seulement
à leur lumière : ce que l'on regarde ou fait peut aussi maintenir l'éveil et repousser
l'heure du coucher.
Quand l'insomnie s'installe, il existe un traitement non
médicamenteux de référence validé scientifiquement. Il s'agit de la thérapie
cognitivo-comportementale de l'insomnie. Elle ne consiste pas simplement à donner des
conseils pour « mieux dormir ». Elle apprend à réassocier le lit au sommeil, en évitant d'y
rester longtemps éveillé, et à travailler sur les pensées et inquiétudes qui entretiennent
l'éveil. Elle peut aussi proposer, de façon temporaire et encadrée, de réduire le temps
passé au lit pour le rapprocher du temps réellement dormi. Cette mesure peut sembler
contre-intuitive, mais elle augmente la pression naturelle de sommeil et permet
progressivement de retrouver un sommeil plus continu ; le temps passé au lit est ensuite
réajusté.
D'autres techniques peuvent compléter cette approche. Les
techniques de relaxation, de respiration ou de relâchement musculaire peuvent diminuer
l'activation physique et mentale. La méditation de pleine conscience peut aider à prendre
de la distance avec les pensées et les ruminations. L'activité physique régulière et
l'exposition à la lumière contribuent à la régulation du rythme veille-sommeil. Ces
approches peuvent être utiles, même si elles n'ont pas toutes le même niveau de preuve
scientifique que la thérapie cognitivo-comportementale dans le traitement de l'insomnie
chronique.
Somnifères et automédication : prudence.
Un médicament pour dormir peut être utile dans certaines situations et pour une durée
limitée, mais il ne traite pas nécessairement les mécanismes qui entretiennent l'insomnie.
Certains somnifères, notamment les benzodiazépines et apparentés, peuvent entraîner
somnolence dans la journée, troubles de la vigilance ou de la mémoire et risque de chute.
Avec une utilisation prolongée, une tolérance et une dépendance peuvent s'installer ; un
arrêt brutal peut alors provoquer des symptômes de sevrage et une insomnie rebond.
« Sans ordonnance » ne signifie pas « sans
risque ». Certains antihistaminiques utilisés pour dormir peuvent provoquer une
somnolence persistante le lendemain et des effets indésirables, particulièrement chez les
personnes âgées. La mélatonine, hormone du sommeil, agit surtout comme un signal donné à
l'horloge biologique : son intérêt dépend donc du type de trouble du sommeil et du moment
où elle est prise. Enfin, les produits à base de plantes peuvent favoriser la détente chez
certaines personnes, mais leur efficacité reste limitée dans une insomnie chronique
installée.
Une mauvaise nuit n'est pas une insomnie, et quelques nuits
difficiles ne signifient pas que votre sommeil est « déréglé ». Mais lorsque dormir devient
une préoccupation et que vous commencez à modifier de plus en plus vos habitudes pour
essayer de contrôler votre sommeil, il est utile d'en parler à votre médecin. Il pourra
rechercher ce qui entretient l'insomnie, mais aussi d'autres causes possibles : anxiété ou
dépression, douleur, médicaments ou substances, apnées du sommeil, syndrome des jambes sans
repos ou autre trouble du sommeil.
Cette fiche ne remplace pas un avis médical. Si votre situation vous inquiète,
parlez-en à un professionnel de santé.