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Photographie : Anna Shvets / Pexels
Le jeu d'argent
Quand le plaisir de jouer laisse progressivement place à la perte de contrôle, et comment retrouver une marge de choix.
Jouer n'est pas forcément avoir un problème de jeu. Pour beaucoup de personnes, les jeux d'argent restent occasionnels. Le risque apparaît lorsque le jeu prend progressivement davantage de place : on y pense plus souvent, on augmente les sommes engagées, on rejoue pour récupérer ce que l'on a perdu ou on continue malgré les conséquences. La perte de contrôle peut s'installer progressivement, au point qu'il devient difficile de mesurer soi-même la place prise par le jeu.
Pourquoi peut-il devenir difficile de s'arrêter ?
Les jeux d'argent reposent sur une particularité : on ne sait pas quand la récompense va arriver. Un gain occasionnel, une série de pertes interrompue par un gain ou un résultat « presque gagnant » peuvent donner envie de continuer.
Après avoir perdu de l'argent, une autre mécanique peut apparaître : « se refaire ». Rejouer semble alors être une façon de récupérer ce qui a été perdu. Mais l'argent déjà perdu ne modifie pas les probabilités du prochain jeu : poursuivre les pertes expose surtout à perdre davantage.
Peu à peu, le jeu peut aussi remplir d'autres fonctions : lutter contre l'ennui ou la solitude, diminuer momentanément le stress, rechercher des sensations fortes, oublier une difficulté ou retrouver l'espoir de résoudre rapidement un problème financier.
Que se passe-t-il dans le cerveau ?
La dopamine joue un rôle important dans le système de récompense du cerveau. Elle participe notamment à l'anticipation d'une récompense et à l'apprentissage qui nous pousse à rechercher ce qui pourrait nous en procurer une. Dans les jeux d'argent, l'incertitude du résultat et l'alternance imprévisible entre gains et pertes stimulent particulièrement ce système : progressivement, certains signaux associés au jeu peuvent suffire à déclencher une forte envie de rejouer.
À force de répétitions, le cerveau devient plus sensible aux signaux liés au jeu et moins sensible aux conséquences négatives au moment de décider. Il peut alors devenir nécessaire de jouer davantage ou de prendre plus de risques pour retrouver le même niveau d'excitation.
D'autres messagers chimiques interviennent également, notamment la noradrénaline dans l'éveil et l'excitation liés au risque, et la sérotonine dans certains mécanismes de régulation de l'impulsivité et de l'humeur.
C'est l'une des raisons pour lesquelles, lorsque le jeu devient problématique, « savoir qu'il faudrait arrêter » ne suffit pas toujours à réussir à le faire.
Les principaux risques
La perte de contrôle. Le jeu occupe de plus en plus les pensées, le temps et les activités. Il peut devenir nécessaire de jouer davantage ou de miser plus pour retrouver les mêmes sensations, tandis que réduire ou arrêter devient difficile.
Les difficultés financières. Les pertes peuvent conduire à utiliser l'argent prévu pour les dépenses courantes, emprunter, multiplier les crédits ou chercher sans cesse de nouvelles ressources pour continuer à jouer. Dans les situations les plus graves, les conséquences financières peuvent toucher l'ensemble du foyer et engendrer une situation d'endettement.
Les relations et l'isolement. La honte et la culpabilité peuvent progressivement amener à cacher ce qui se passe : minimiser les sommes perdues, dissimuler des relevés bancaires, mentir sur des emprunts ou sur le temps passé à jouer. Ces secrets peuvent isoler davantage la personne et fragiliser la confiance avec ses proches.
Comment repérer que le jeu prend trop de place ?
Dans votre comportement
- Le jeu occupe vos pensées : vous passez beaucoup de temps à jouer, suivre des cotes, analyser des résultats ou préparer vos prochaines mises.
- Vous vous isolez : vous voyez moins vos proches ou abandonnez progressivement certaines activités pour jouer.
- Votre humeur change : irritabilité, nervosité, anxiété ou agitation apparaissent notamment lorsque vous perdez ou essayez de ne pas jouer.
- Certaines obligations passent après le jeu : travail, études, tâches quotidiennes ou engagements familiaux commencent à être négligés.
Dans vos finances
- Vous dépensez davantage que prévu, parfois l'argent destiné au loyer, aux factures, aux courses ou à d'autres besoins essentiels.
- Vous empruntez pour jouer ou rembourser des pertes, auprès de proches ou par différents crédits.
- Vous cherchez constamment à vous « refaire », avec l'idée qu'un prochain gain permettra de résoudre les difficultés créées par les pertes précédentes.
- Vous commencez à cacher certaines choses : montants réellement perdus, dettes, relevés bancaires, nouveaux crédits ou origine de certaines dépenses.
Dans ce que vous ressentez
- Vous avez l'impression de pouvoir reprendre le contrôle grâce à une stratégie, une « bonne série », une meilleure analyse ou un prochain gain.
- Votre sommeil se dégrade, notamment parce que vous jouez tard ou ruminez les pertes et les dettes.
- Vous ressentez honte, culpabilité ou regret après avoir joué, mais ces sentiments ne suffisent pas à empêcher la prochaine session.
- Ne pas jouer devient difficile : tension, irritabilité ou envie très forte de recommencer.
Il n'est pas nécessaire de reconnaître tous ces signes. Un seul peut déjà mériter attention s'il entraîne des conséquences importantes.
Et chez les jeunes ?... Le jeu d'argent n'est pas un loisir comme un autre
En France, les jeux d'argent et de hasard sont interdits aux moins de 18 ans, y compris les jeux de grattage, loteries, paris sportifs et hippiques. Un mineur ne peut pas ouvrir un compte auprès d'un opérateur légal de jeu en ligne, et n’est pas autorisé à jouer pour le compte d'un adulte.
Cette interdiction répond à un risque particulier : plus le jeu d'argent commence tôt, plus le risque de développer ultérieurement une pratique problématique augmente.
Pourtant, le jeu peut être banalisé très jeune : ticket à gratter offert « pour s'amuser », pari sportif partagé en famille, utilisation du compte d'un parent, publicités, influenceurs ou contenus sur les réseaux sociaux présentant le pari comme une activité ordinaire. En 2025, parmi les jeunes joueurs interrogés par l'ANJ, 65 % déclaraient avoir accédé aux jeux en points de vente par l'intermédiaire de leurs parents et 36,9 % avoir joué sur le compte en ligne d'un parent avec son accord.
Ne pas initier un mineur au jeu d'argent est donc déjà une mesure de prévention. L'enjeu n'est pas seulement de lui interdire de jouer, mais aussi de l'aider à comprendre que gagner occasionnellement ne signifie pas qu'il est possible de gagner durablement de l'argent en jouant.
Si vous sentez que vous perdez le contrôle… des outils existent
Fixer des limites. Les opérateurs légaux en ligne proposent des plafonds permettant notamment de limiter les dépôts et les mises. Ils peuvent être modifiés dans les paramètres du compte.
Faire une pause sur un site. Vous pouvez demander une auto-exclusion directement dans les paramètres de votre compte joueur. Vous choisissez une durée comprise entre 24 heures et 12 mois ; une fois activée, elle ne peut pas être interrompue avant son terme. Attention : elle ne concerne que l'opérateur auprès duquel vous l'avez demandée. Si vous avez plusieurs comptes, il faut effectuer la démarche pour chacun.
Vous interdire plus largement de jouer. Si ces limites ne suffisent plus, vous pouvez demander une interdiction volontaire de jeux auprès de l'ANJ. La démarche est personnelle et confidentielle et peut être réalisée en ligne avec une pièce d'identité, ou par courrier. Elle empêche notamment l'accès aux casinos et clubs de jeux, aux sites agréés de paris sportifs, hippiques et de poker, ainsi qu'aux jeux FDJ et PMU réalisés avec un compte joueur.
Cette interdiction dure au minimum 3 ans. Elle n'est pas automatiquement levée au terme des trois ans : elle reste en vigueur tant que vous n'en demandez pas la levée.
Si vous êtes un proche… comment en parler ?
Partez de ce que vous observez plutôt que d'accuser. « Je m'inquiète parce que je vois que tu empruntes régulièrement de l'argent » ouvre davantage le dialogue que « Tu es accro au jeu ».
Évitez les discussions au moment où la personne joue ou immédiatement après une perte importante. Essayez plutôt de parler des conséquences concrètes : sommeil, dettes, isolement, mensonges, tensions familiales, travail.
Et aider ne signifie pas nécessairement rembourser les dettes ou donner de l'argent pour permettre à la personne de se « refaire ». Lorsque les finances familiales sont menacées, protéger les ressources du foyer peut devenir nécessaire.
Où trouver de l'aide ?
Votre médecin peut vous aider à faire le point et vous orienter si nécessaire vers une consultation spécialisée en addictologie ou un CSAPA, où les accompagnements peuvent notamment être médicaux, psychologiques et sociaux. Les consultations y sont confidentielles et gratuites.
Joueurs Info Service propose également une aide confidentielle et anonyme. Le service est joignable au 09 74 75 13 13, tous les jours de 8 h à 2 h, par appel non surtaxé, ainsi que par chat à certaines heures.
Le problème n'est pas d'avoir joué ou même d'avoir perdu de l'argent. Le signal important apparaît lorsque le jeu commence à prendre une place que vous ne choisissez plus vraiment et que vous continuez malgré ses conséquences. Mettre des limites, en parler ou demander une auto-exclusion ne sont pas des sanctions : ce sont des moyens de remettre une distance entre l'envie de jouer et la possibilité de le faire, le temps de retrouver une marge de choix.
La suite est réservée aux personnes inscrites
L'inscription est gratuite et prend une minute. Elle vous donne accès à toutes les fiches, aux questionnaires que vous pouvez remplir seul, et au suivi de vos résultats dans le temps.
Rédigée par Stéphanie Bénard, psychologue clinicienne
Publiée le 22 septembre 2026
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Cette fiche ne remplace pas un avis médical. Si votre situation vous inquiète, parlez-en à un professionnel de santé.